Europe

Textes : Marilène Meckler - Photos et réalisation : René-G. Meckler - Tous droits  réservés

                      Irlande

 

 Ô, toi, mon île verte aux longs cheveux d’embrun,

Je te quittai, jadis en quête d’aventure

Et mon sang d’émigré vers un futur moins brun

N’a jamais oublié le goût de ton murmure.

 

Virtuose inspirée entre les doigts du ciel,

Les cordes de ta lyre ont la mémoire celte,

Le long d’un soupir libre et confidentiel ;

Dans la légende, court l’ombre de ton corps svelte.

 

Tu m’appris à serrer les arbres sur mon cœur

Pour entendre les dieux chanter les terres noires

Où la bruyère verse, en un geste vainqueur,

Le mauve enluminant les pages des grimoires.

 

Avec le vent marin, danse toute la nuit !

Sauvage et tendre amante offerte à l’Atlantique ;

Sous ton jupon d’écume, entrera, sans un bruit,

L’âme aux fières couleurs du peuple gaëlique.

 

Tes troupeaux de moutons et de nuages gris,

Même encor aujourd’hui, peuplent mes somnolences,

Quand frissonnent d’espoir, au bord de mes écrits,

L’eau pure et l’herbe fraîche où dormaient tes silences.

 

Mai réveille en fanfare un fleuve d’or nouveau

Au sein de tes ajoncs, sentinelles des landes ;

Les murets dentelés tricotent ce bravo

Sillonnant le pays pour former des guirlandes.

 

De retour, j’entendrai, par un jour bruineux,

La balade irlandaise humblement éphémère,

À la douceur semblable au sommeil si laineux

De l’agneau juste né, blotti contre sa mère.

 

                                                              Marilène Meckler

        Tiré de mon recueil "Ces lumineux voiliers de l'âme"


                     Venise

 

Libre dans son lyrisme et dans ses liaisons,

Voguant aux fronts princiers de son architecture,

Venise s'abandonne en feintes pâmoisons

Aux mains d'érosion creusant sa sépulture.

 

L'équilibre incertain de la pierre et de l'eau

Ensemence les peurs de la voir disparaître ;

Fragile et immortelle au bord d'un trémolo,

Elle boit les soupirs, élixir de bien-être.

 

D'orgueilleux étendards chantent haut ses couleurs

Pour joindre à son destin les voiliers et les foules ;

Anges, lions ailés, amants, ensorceleurs

Partagent leur complainte à tous les vents des houles.

 

Naïade paressant le long de ses couloirs,

Entre l'ombre et le ciel, la lagune visite

Les secrets de son âme au-delà des miroirs

Que le présent ternit d'un péril anthracite.

 

Le sein fleuri des yeux de ses admirateurs

Et l'épaule berçant les mouettes et les îles,

Venise doucement, par les soirs enchanteurs

Endort les concertos, moissonne les idylles.

 

Elle ouvre ses palais comme un grand livre d'art

Où faste byzantin, couronnement gothique,

Dans une gerbe d'or, pose sur le regard

Les flammes du vitrail ému par le cantique.

 

Rafraîchis d'oasis sur le sol naufragé,

Ses pas ont chuchoté la volupté marine

Au travesti de soie heureux d'être assiégé

Lorsque la basilique, aux étoiles, chemine.

 

Les poètes du monde aimeraient y mourir

Dans le silence d'algue et d'embrun des gondoles,

Quand s'éteint sous la lune aux paupières saphir,

Le périple vibrant de l'encre et des paroles.

 

                                                       Marilène Meckler

         Tiré de mon recueil "Dans le regard des jours"


                  Portugal

  

Un bleu d’azulejos illumine tes yeux

Où voguent vaillamment les hectares de vigne

Et les rangs d’orangers nourris d’un sol crayeux

Sur lequel, chaque soir, le fado s’égratigne.

 

Ton destin solitaire, éclaireur louangé,

A guidé notre Europe au bord de l’atlantique.

Pour toi, le vent du large a toujours protégé

Tes produits de la terre et ton rêve mystique.

 

Sauveur de l'union de la terre et du ciel,

Seul pays qui donna sa couronne à la vierge,

Tu couvres l’horizon d’un riche goût de miel,

Quand ton peuple, à genoux, vient allumer le cierge.

 

Se déroule la vague, afin de soutenir

Ton effort à porter, dans une foi sublime,

La lourde croix du Christ, jusqu’à ton avenir

Qui se colore, enfin, d’un espoir légitime.

 

Les églises prieront près des bougainvilliers,

Veillant, jalousement, sur l’or de ton histoire,

Lorsque s’allumeront les divins chandeliers,

Gardiens du secret de tes heures de gloire.

 

Dans le frisson bleuté de milliers d’oliviers,

Dans le silence blanc de nombreux monastères,

Dans le profond soupir de tous les citronniers,

Tinte discrètement la clé de tes mystères.

 

Des marins, des pêcheurs, des travailleurs des champs,

Hommes au cœur vaillant, femmes aux mains tendues,

Ont voulu te garder, des aubes, aux couchants,

Cette authenticité des époques perdues.

 

Le voyage suspend ton regard migrateur

Quand l’océan chuchote, encore à ton oreille,

Le destin fabuleux d’un grand navigateur,

Mythique portugais dont l’aura t’émerveille.

 

Emportera ton âme, au paradis lointain,

Sur les ailes d’argent des fières caravelles,

Ce désir d’un futur aux émois de satin

Qui naît, pour s’inviter, en des ères nouvelles.

  

Marilène Meckler

Tiré de mon recueil "Dans le secret de mes silences"

 

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