Textes : Marilène Meckler - Photos et réalisation : René-G. Meckler - Tous droits  réservés

Voyage en poésie : Afrique

Afrique

Vidomégons  (Enfants-esclaves)

 

Sur un marché d’Afrique, hurlent mille couleurs
Pour chasser la poussière où vont mille fillettes
Gémir à pas perdus, parmi les vents siffleurs,
Mourir à petit feu, de fatigues en diètes.

 

Quand leur cou d’oisillon trop tôt sorti du nid,
Sous un plateau pesant, s’égosille et chancelle,
Elles n’ont plus la force, au zénith impuni,
De vendre ou de mendier quelques fonds d’escarcelle.

 

Leurs yeux sans avenir s’endorment en plein jour.
Les heures de travail, depuis l’aube assassine,
Interdisent les jeux, toute esquisse d’amour
Et les bancs de l’école où demain se dessine.

 

Autour d’elles, l’écho rumine son courroux.
Qu’il est loin le murmure ailé de la savane
Ouvrant son éventail sur les pelages roux
Des grands fauves épris de l’éther diaphane.

 

Esclaves-chérubins dont les moindres frissons
Griffent à fleur de chair l’enveloppe d’ébène,
Elles n’ont pas connu berceuses, ni chansons.
L’âme du peuple noir comprend leur dure peine.

 

La honte, au crépuscule, agite les grigris
Alors que les tam-tams cherchent, de leurs voix graves, 
Les mots pour oublier la peur des matins gris
Vécus par ces enfants nus comme des épaves.  


                                                                                               Marilène Meckler
                                Tiré de mon recueil « Derrière l’éventail de plumes »

 Madiba (Nelson Mandela)

 

Tu porteras le nom de la tribu natale   
Où ton sang s’est nourri de ce farouche espoir,
Pour une liberté douce comme un pétale
Qui tomberait du ciel, dans tes mains d’enfant noir.

 

Ta volonté trouvait la force des grands fauves
Lui permettant d’unir les voix des opprimés,
Contre la peur tapie au lit des heures mauves
Et l’infâme injustice en éperons gemmés.

 

Apôtre de la paix sur la terre africaine,
Sans d’autre alternative, alors, que devenir
Hors la loi dénoncé par son regard d’ébène,
Dans une île-prison, tu rêvais l’Avenir.


Car il se souvenait des danseurs de la brousse,
Ton cœur apprivoisait les rythmes quotidiens
Te donnant le courage, avant la lune rousse,
D’apprendre l’afrikaans, langue de tes gardiens.

 

Âme au pur diamant taillé par une lutte
Qui sacrifiait ta vie à des travaux forcés,
Tu bannis les fusils pour que chaque minute
Soit le souffle profond des peuples métissés.

 

Ton vouloir de pardon transcenda la souffrance.
La colère domptée a réconcilié
Mille et une couleurs sur fond de tolérance,
Quand le jour put s’écrire en geste délié.

 

Le pays Arc-en -ciel, qu’enfin, tu feras naître
Par un vrai dialogue entre ses habitants,
Sur le monde actuel, ouvrira la fenêtre
Afin de conjuguer son verbe à tous les temps.

 

Désormais, ton sourire illumine l’Histoire
Et chacun pense à toi, parmi les chants d’amour
Et les gerbes de fleurs qui signent ta victoire,

Sur le marbre veiné de ton dernier séjour.

 

                                                                                   Marilène Meckler

                  Tiré de mon recueil "Ces lumineux voiliers de l'âme"

                           

L’homme de l’Indigo

 

Seigneur d’un Infini labouré de soleil,
Je ne vois que tes yeux où se perd le silence,
Burnous froissé de vent sur l’espace vermeil
Dont tu savais l’énigme au sortir de l’enfance.

 

Le plus secret des puits entrebâille son cœur :
Il mouille ton foulard de vagabond des sables
Rayant l’immensité d’un pas sûr et vainqueur,
Lorsque la roche écrit ses feux intarissables.


Sublimé par l’effort d’économiser l’eau,
Touareg, tu deviens ce conteur de mirages
Semant les oasis aux ombres du tableau,
D’une manche d’azur, source après les orages.

 

Sur le temps contenu de l’erg en mouvement,
Le désert sculpte l’âme avec ses mains d’artiste,
Ivre de liberté dont il fait le serment
Aux nomades voilés de sel et d’améthyste.

 

La vie est suspendue au rituel du thé :
Se posent les tribus sous la fraîcheur des toiles,
Pour inviter ensemble un bout d’éternité
Où mue un chant de femme en vertige d’étoiles.

 

La lune et l’Etrangère ont tressailli d’amour,
Jusqu’à l’extrémité de leurs doigts diaphanes :
Elles ont bu tes mots, apprivoisant l’humour
Au pourpre des lointains longés de caravanes.

 

                                                                          Marilène Meckler

                            Tiré de mon recueil "Passagère du vent"

 

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