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Textes : Marilène Meckler - Photos et réalisation : René-G. Meckler - Tous droits  réservés

    La liberté

                   Liberté !

                   (sonnet) 


Bohémienne allant sur le feu de nos mains,

Sans brûler tes jupons qui glanent l'espérance,

Dès lors que le bon droit chasse l’intolérance,

Pour toi, le sang de l'homme a rougi les chemins.

 

Héroïque voilier bravant les lendemains

Et nos regards perdus dans les mers d'ignorance,

Ton écume bleuit, malgré sa transparence,

Le sillage des cœurs, le long des parchemins.

 

Aquarelle et fusain t’habillent pour nos songes,

L'eau vive et le zéphyr t'éloignent des mensonges,

Respirer ta musique appelle en nous l'été.

 

Si les enfants du monde attrapaient tes étoiles,

Ils pourraient peindre au ciel le mot "Félicité",

Séduite par leurs jeux, tu lèverais tes voiles !

 

                                                       Marilène Meckler

                   Tiré de mon recueil "Passagère du vent"


                                                          Le prisonnier

    

Le temps a quitté les horloges.

 

Sous mes doigts,

Je cache les jours aux ailes brisées :

Les sauver d’un futur sans couleur

Où fanera l’écho de ma jeunesse volée !

 

Derrière mes paupières,

Je retiens les voyelles de la lumière

Ouvrir mon cahier d’écolier,

Pour que s’envolent les oiseaux.

 

Au bord de mes yeux,

Un silence rougi de larmes :

Ne demeure qu’une chimère d’impossible évasion

Naviguant dans l’intimité de mes veines.

Les hommes ont pris ma liberté.

Dis-leur mon innocence,

Lune, veilleuse de mes fièvres.

Ta noria de miroirs pose un rideau d’étoiles

A mes barreaux.

 

Et je deviens glaneur de souvenirs

Au-delà des murs trempés d’ombre :

Ecouter les gouttes sur les feuilles,

Respirer le souffle des ruisseaux,

Entendre la voix des êtres aimés.

 

                                                         Marilène Meckler

                       Tiré de mon recueil "Passagère du vent"


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           Ma liberté

 

Viens partager mon ciel, grisante liberté !

Tes longs regards diseurs de la bonne aventure

Ravivent dans nos cœurs ce courage hérité

Des combats de l’Histoire où meurt la dictature.

 

Quand tes jupons d’eau vive emportent le désert,

À la source des mots, pour le rendre fertile,

Le silence maudit, par les dunes, se perd :

Chacun peut s’exprimer, dès l’aurore tranquille. 

 

Même au fond des prisons, jamais, tu ne mourras

Et les fers ne feront qu’étendre ton empire.

Vestale qu’aucun dieu ne pourra, de son bras,

Garder, longtemps, captive, apporte-moi ta lyre !

 

Ses accords berceront le chant des opprimés

Qui ne pensent qu’à toi, fille aux mains sans frontières.

Alors, je baiserai, dans les soirs parfumés,

Tes paupières sans fard, aux fraîcheurs forestières.

 

Justice, égalité, comme des âmes-sœurs,

Au bord du firmament, dessinent ton visage.

Je prendrai le chemin, sous les astres danseurs

Car chercher ta parole est le plus beau voyage.

 

Afin que ton regard d’océan nourricier

Ouvre, pour nos espoirs, l’ivresse des abysses,

Je donnerai mon sang de pauvre romancier

Et l’éclat virginal de mes premiers narcisses.

  

                                                                  Marilène Meckler

   Tiré de mon recueil "Dans le secret de mes silences"


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            En prison  

 

Auprès de mes barreaux, l’oiseau bleu s’est posé,       

Des bouts d’un ciel mouillé récoltés dans ses plumes,

Afin de rafraîchir mon regard névrosé

Brûlant d’aller quérir l’horizon, sous les brumes.

 

S’il avait accroché ses ailes de saphir

À mes poignets meurtris que, sans arrêt, piétine

L’ombre de ce cachot, lieu de mon repentir,

Là-bas, je cacherais ma berge clandestine.

 

Y pourrais-je accueillir, avec mon cœur blessé,

Les vahinés en fleurs de ces îles lointaines ?

Leur déhanché troublant, sur le papier glacé,

Réconforte mes jours qui meurent par centaines.

 

Je voudrais embrasser les nymphes et les bois,

Aux noces de la terre et des sources timides.

Mais je suis prisonnier, derrière ces murs froids,

Tous les rêves punis dans le creux de mes rides.

 

Le soir, nouant sa plainte au mirador géant,

Le silence, allumeur du divin réverbère,

Me rappelle l’église où j’attendais, enfant,

Que mon ange gardien, dans ses doux bras, me serre.

 

La berceuse d’antan que me chantait la mer,

Mouchoir de blanc satin volant sur les mémoires,

Espoir de liberté comme un fruit doux amer,

Lorsqu’approche la nuit, sèche mes larmes noires.

 

                                                                       Marilène Meckler

         Tiré de mon recueil "Dans le secret de mes silences"