Poèmes vagabonds : La nature

Les chats

 

Ils gardent, dans les yeux, ces étoiles magiques   

Qui faisaient voyager les reines d’Orient

Et leur belle fourrure a des frissons mystiques

Pour saisir la caresse, aux anges, souriant.

 

Empereurs sans domaine en quête de silence,

Quand le pas se souvient du velours disparu,

Leur museau maraudeur, dans le songe, s’élance,

Retrouvant, chaque fois, le chemin parcouru.

 

Ils prennent, en rêvant, les nobles attitudes

Des animaux sacrés qui charmeront les dieux,

Volupté de la pose, appel des solitudes,

Ils suspendent le temps sur les fleuves des cieux.

 

Vagabonds occupant le cœur de la légende,

Fidèles compagnons du poète inspiré,

Orpailleurs du soleil si le froid se lamente,

Ils composent, pour nous, l’opéra désiré.

 

Laissant, sur les coussins, leur empreinte soyeuse

Où s’endorment déjà les senteurs des jardins,

Ils incarnent l’esprit de la maison joyeuse,

Ces chats de la campagne et matous citadins.

 

Libres, mystérieux troubadours de la lune,

Ils s’en iront sécher les larmes de la nuit

Ayant le goût de sel de l’antique lagune,

Refuge merveilleux du regard qui s’enfuit.

 

                                                                                          Marilène Meckler

                                  Tiré du recueil Dans le secret de mes silences

  

Mots d’amour d’une ourse blanche

  

Verras-tu, mon ourson, l’aurore boréale    

Barbouiller de couleurs le futur de tes ans,

Faire pâlir d’envie, après l’averse opale,

Le plus bel arc-en-ciel des climats séduisants ?

 

Déjà, le froid polaire enlève ses fourrures

Et mon peuple, aussitôt, souffre de la chaleur…

Viens, pour te rafraîchir, plonger dans les eaux pures,

Ton museau humera leur baiser cajoleur.

 

L’Arctique mouillerait tes cils givrés d’étoiles

Si les mauvais esprits te rendaient orphelin.

Gémirait le silence, en berçant de ses toiles,

Sous l’aile du blizzard, ton sanglot cristallin.

 

Quand la banquise en pleurs perdra-t-elle ses glaces ?

Jamais, si ma prière arrive jusqu’aux dieux !

Ta survie en dépend ; écarter les menaces

Est le devoir sacré de l’homme ouvrant les yeux.

 

Même si l’avenir, dans mon regard, vacille,

Je t’apprendrai comment chasser pour se nourrir,

Où dormir dans l’hiver qui nous prête son île,

Crèche de blanc satin que nous voudrons chérir.

 

Un jour, entendras-tu le chant de la baleine,

Moment d’éternité jailli du fond des mers,

Si la débâcle emporte, au loin, ton cœur de laine

Comme écume d’argent sur les courants amers.

  

                                                                                                    Marilène Meckler

                                           Tiré du recueil Ces lumineux voiliers de l'âme

 

La mort de l’arbre

  

Sous l’assaut des grands feux, j’ai perdu ma prestance

Et les regards d’amour des nymphes de ce bois.

Les légendes des nuits oublieront, en silence,

Mes prouesses d’avant et le son de ma voix.

 

Le vent ne viendra plus murmurer, dans mes branches,

Ces paroles d’ailleurs qui me faisaient rêver

Et le cœur des saisons, sur les aurores blanches,

Ne battra, plus jamais, pour moi, dès le lever.

 

À l’encre des sanglots, Terre, écris ma complainte !

Dans ton ventre de mère où, lors, s’endormiront

Mes racines de vie, en leur dernière étreinte,

Une graine nouvelle et ses désirs croîtront.

 

La chevelure d’or des étoiles filantes

Cessera de bercer mes nids abandonnés

Qu’autrefois, le printemps, de ses mains roucoulantes,

Déposait tendrement, sur mes rameaux veinés.

 

Comme passeur de temps, des ères primitives

Au futur de vos jours, mon vœu d’éternité

S’épuise, sous la cendre, en paroles chétives.

Je meurs, moi qui croyais toucher l’infinité.

 

                                                                              Marilène Meckler

                                          Tiré du recueil Avec les frissons de l'âme

Automne champêtre


Demain, je partirai, dans les couleurs d’automne,
Où le jaune et le rouge entonnent un refrain,
Narguant l’obscurité d’octobre qui frissonne
Et donnant la vigueur à ce premier quatrain.

 

À l’aube, j’ai chaussé mes sabots de bruyère,
Pour guetter le soleil, sublime comme un dieu,
Offrant, d’un vif éclat, son ultime prière, 
Au cœur de la forêt qui murmure un adieu.

 

Pleurant des larmes d’or, ses secrets pour la vie, 
Sur les cheveux en feu des vignes du terroir,
Il se laisse porter par l’averse ravie
D’offrir un arc- en -ciel pour égayer le soir.

 

Décoiffés par le vent, tous les arbres, ensemble,
Chantent une berceuse à mon âme d’enfant.
Coulant des jours heureux, chaque nuage semble
Attendre et apprécier son règne triomphant.

 

C’est le temps idéal, pour que l’un contre l’autre,
En revenant ses champs, blottis au coin du feu,
Avec, dans nos cheveux, la senteur de l’épeautre,
Nous pourrons savourer le doux chant de l’aveu.

 

                                                                            Marilène Meckler

                                Tiré du recueil Derrière l'éventail de plumes

 

Paroles du sol pour la neige

  

Druidesse aux chaussons blancs qui m’offrait, en silence,   

La couronne de gui consacré par l’hiver,

Tu berces la nature en cette somnolence

Dont l’arôme est plus frais qu’une eau de vétiver.

 

Hélas ! Je t’ai perdue au bord des terres chaudes,

Quand tu jouais encor dans les mains des enfants.

À ton cou, les flocons posaient des émeraudes

D’où les sapins volaient mille verts triomphants.

 

Tu ne seras plus là, pour escorter mes veines

Et protéger ma chair des attaques du froid.

Bientôt, les crocs du gel dévoreront les graines

Que tu pourrais sauver de ce cruel endroit.

 

Lorsque les vauriens souillaient mon apparence,

Dans ton manteau laineux, je cachais ma laideur.

Dévêtu, j’abandonne, au ciel, mon espérance

De retrouver, un jour, mon rire gambadeur.

 

Chevauchant les torrents fous d’impossibles courses,

Tu te fardes d’écume enlevée aux roseaux

Pour insuffler vigueur aux longs cheveux des sources.

Éternelle beauté, sauvegarde les eaux ! 

 

                                                                                                       Marilène Meckler

                                               Tiré du recueil Dans le secret de mes silences

Mon oubliée

  

Sous le voile organdi d’une lune farouche,

J’ai caché mes regrets de n’avoir su t’aimer,

Toi, Nature si belle, offerte sur la couche

Que les ailes d’Avril feront bientôt germer.   

 

Prends mon âme captive aux yeux de la rivière

Où la nuit rafraîchit les divins oreillers.

Ne plus être Narcisse admirant sa lumière

M’ouvrira le secret des jours ensoleillés.

 

Je laisserai, demain, ces gants d’indifférence,

Dans les paniers dorés que tresse le soleil,

Pour toucher, attendri par cette délivrance,

Du bout de mes pieds nus, ton éclat de vermeil.

 

Puis, doucement, viendra cette infinie extase

Du dormeur grignotant, jusqu’au petit matin,

Les miettes de ton rêve au miroir de topaze

Qu’Éole fait tinter sous l’éventail mutin.

 

Recueillant, dans mon corps, ta parole sacrée,

J’irai sur la colline user mes sabots gris,

Et respirer ta peau que le ciel a nacrée.

Les voix de la forêt peupleront mes écrits.

 

J’y conterai ta vie, ô déesse fragile ;

Revenu des vergers, mon regard chantera

Les rimes des saisons, comme ton évangile

Que je préserverai dans mon cœur angora. 

 

                                                                                     Marilène Meckler

                            Tiré du recueil Ces lumineux voiliers de l'âme

   

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Textes : Marilène Meckler - Photos et réalisation : René-G. Meckler - Tous droits  réservés