Poèmes vagabonds : pour la paix
La paix
(Sonnet)
Voguant sur les flots d’or, le blé de l’abondance
Lui donne sa blondeur et le sein maternel
Enveloppe son lit dans un hymne charnel,
Où le point d’orgue ailé se mue en confidence.
Le rire des enfants choisit pour résidence
Le bord de son regard en quête d’Eternel ;
D’un envol de fusain, l’instant originel
Dessinait son profil aux contours de prudence.
Sur l’odeur du pain chaud repose son clavier,
Bercé par le vent bleu des rameaux d’olivier
Respirant le parfum d’Eiréné la déesse.
Logis de la colombe, un silence venu
Des prières d’azur attend notre prouesse :
Que nous gardions la paix, ce trésor méconnu !
Marilène Meckler
Tiré du recueil Dans le regard des jours
Les enfants-soldats
Leurs yeux ont effacé les couleurs africaines :
Le rouge de la terre habillant les saisons,
L’arc-en-ciel des « boubous » sur les rives châtaines,
La course des soleils noyant les horizons.
Sous leur envol d’oiseaux oubliés de l’Enfance,
Se lamente la brousse invoquant les esprits.
Portés par les fusils jusqu’au bout du silence,
Leurs doigts ont tant tué qu’ils font peur aux « grigris ».
Des images de paix à la pulpe de mangue
S’éloignent sur le rire à jamais envolé :
Femmes pilant le mil, un refrain sur la langue,
Troupeaux se balançant au midi pommelé.
La savane a changé son jupon d’herbes folles
Pour un voile de deuil glaçant les animaux.
Ensanglanté le fleuve égorge les paroles
Qui gazouillaient jadis près du sein des hameaux.
Car, meurtris dans leur chair que rien ne désaltère,
Ayant pour seul abri le baobab sauveur,
Entendront-ils un jour les sages de la terre,
Pour eux, lire le signe au pouvoir guérisseur ?
Au seuil d’un avenir où tariront les larmes,
Ils ont perdu la clé des jours mélodieux.
Dès leurs huit ans bercés par l’hallali des armes,
Sauront-ils en dansant apitoyer les dieux ?
Marilène Meckler
Tiré du recueil Dans le regard des jours
Espoir de paix
Quand l’été dansera tout près de mon visage,
En laissant, sur ma lèvre, un léger goût sucré,
Je saurai que la Paix nous envoie un message,
Après l’appel vibrant qui lui fut consacré.
C’est un regard qui passe, en volant la lumière,
Pour dévêtir la brume et verser le soleil,
Sur cette odeur charmeuse ou si particulière
Des tilleuls balancés dans un léger sommeil.
C’est un plaisir d’enfant jouant comme une plume,
Dans les cheveux soyeux de sa mère, un matin,
Une blanche colombe à l’envol qui parfume
Le corsage fleuri d’une aurore en satin.
Sur le roulis portant la prière éternelle,
Une mer de saphir, humblement, bercera
Son bateau dont la voile au toucher de flanelle
Est une page blanche où demain s’écrira.
Ce nuage qui cogne, à mes carreaux, ses lèvres,
Quand mes yeux trouent le ciel, pour y voir le Bon Dieu,
Murmure une promesse et mes tempes s’enfièvrent :
Bientôt l’espoir vainqueur envahira tout lieu.
Marilène Meckler
Tiré du recueil Dans le berceau de vos émois
Jeune soldat
Un brin d’herbe à sa lèvre approchait nos regards
D’un hymne de verdure où nageaient les sylphides
Aux grands cheveux défaits piqués de nénuphars ;
Alors nous devenions innocents et candides.
Hier encor, il rêvait de n’être plus enfant
Et de plonger son corps dans celui d’une femme.
Ses premiers mots d’amour, un matin triomphant,
Timides, grappillaient quelques sons de la gamme.
Des lucioles d’azur s’échappant de ses yeux
Faisaient revivre en nous des secrets de jeunesse,
Lorsque nos doigts glissaient sous un jupon soyeux
Pour donner du plaisir, au bout d’une caresse.
Exilés de ses nuits, des voiliers inventaient
Un océan lointain méconnu des tempêtes
Car sentant le danger, tous les soleils partaient,
Vers un autre horizon, paradis des poètes.
Le peuple des oiseaux délaisse notre cœur,
Au précoce couchant de ses vives prunelles
Qui, bientôt, auront pris les formes de la peur.
Reviendra-t-il, un jour, de ses guerres cruelles ?
Marilène Meckler
Tiré du recueil Comme un frisson d'organdi
Outil gratuit et accessible à tous
Textes : Marilène Meckler - Photos et réalisation : René-G. Meckler - Tous droits réservés