Textes : Marilène Meckler - Photos et réalisation : René-G. Meckler - Tous droits  réservés

Pour la paix

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    Les enfants-soldats

 

Leurs yeux ont effacé les couleurs africaines :

Le rouge de la terre habillant les saisons,

L’arc-en-ciel des « boubous » sur les rives châtaines,

La course des soleils noyant les horizons.

 

Sous leur envol d’oiseaux oubliés de l’Enfance,

Se lamente la brousse invoquant les esprits.

Portés par les fusils jusqu’au bout du silence,

Leurs doigts ont tant tué qu’ils font peur aux « grigris ».

 

Des images de paix à la pulpe de mangue

S’éloignent sur le rire à jamais envolé :

Femmes pilant le mil, un refrain sur la langue,

Troupeaux se balançant au midi pommelé.

 

La savane a changé son jupon d’herbes folles

Pour un voile de deuil glaçant les animaux.

Ensanglanté le fleuve égorge les paroles

Qui gazouillaient jadis près du sein des hameaux.

 

Car, meurtris dans leur chair que rien ne désaltère,

Ayant pour seul abri le baobab sauveur,

Entendront-ils un jour les sages de la terre,

Pour eux, lire le signe au pouvoir guérisseur ?

 

Au seuil d’un avenir où tariront les larmes,

Ils ont perdu la clé des jours mélodieux.

Dès leurs huit ans bercés par l’hallali des armes,

Sauront-ils en dansant apitoyer les dieux ?

 

                                                 Marilène Meckler

                          Tiré du recueil « Dans le regard des jours »

 

    La paix

                   

            (Sonnet)

  

Voguant sur les flots d’or, le blé de l’abondance

Lui donne sa blondeur et le sein maternel

Enveloppe son lit dans un hymne charnel,

Où le point d’orgue ailé se mue en confidence.

 

Le rire des enfants choisit pour résidence

Le bord de son regard en quête d’Eternel ;

D’un envol de fusain, l’instant originel

Dessinait son profil aux contours de prudence.

 

Sur l’odeur du pain chaud repose son clavier,

Bercé par le vent bleu des rameaux d’olivier

Respirant le parfum d’Eiréné la déesse.

 

Logis de la colombe, un silence venu

Des prières d’azur attend notre prouesse :

Que nous gardions la paix, ce trésor méconnu !

 

                                                          Marilène Meckler

             Tiré de mon recueil "Dans le regard des jours"


      Jeune soldat

 

Un brin d’herbe à sa lèvre approchait nos regards

D’un hymne de verdure où nageaient les sylphides

Aux grands cheveux défaits piqués de nénuphars ;

Alors nous devenions innocents et candides.

 

Hier encor, il rêvait de n’être plus enfant

Et de plonger son corps dans celui d’une femme.

Ses premiers mots d’amour, un matin triomphant,

Timides, grappillaient quelques sons de la gamme.

 

Des lucioles d’azur s’échappant de ses yeux

Faisaient revivre en nous des secrets de jeunesse,

Lorsque nos doigts glissaient sous un jupon soyeux

Pour donner du plaisir, au bout d’une caresse.

 

Exilés de ses nuits, des voiliers inventaient

Un océan lointain méconnu des tempêtes

Car sentant le danger, tous les soleils partaient,

Vers un autre horizon, paradis des poètes.

 

Le peuple des oiseaux délaisse notre cœur,

Au précoce couchant de ses vives prunelles

Qui, bientôt, auront pris les formes de la peur.

Reviendra-t-il, un jour, de ses guerres cruelles ?

 

                                                     Marilène Meckler

Extrait de mon recueil « Comme un frisson d’organdi »


     Le dessin

 

Dans ce dessin d’enfant, il n’y a pas de fleurs,

Bout de cœur chiffonné sous les poings de la guerre

Avant d’être jeté lorsque sèchent les pleurs.

La couleur qui domine est le sang d’une mère.

 

Sur la page, elle gît, paraissant sommeiller.

« C’est moi, juste à côté », murmure la fillette.

« En touchant ses cheveux, je vais la réveiller,

La sortir du cahier que le crime feuillette ».

 

Victime d’un obus, la femme ne vit plus

Et les crayons en deuil zèbrent le ciel de bombes

Au lieu de rassembler les soleils dans un flux

Ou de peupler les toits de milliers de palombes.

 

Nulle nuit ne jouera désormais à cacher

Les étoiles de feu, dans sa crinière noire.

L’agnelet tremblera, du lever au coucher,

Sous la mamelle offerte et blanche comme ivoire.

 

Malgré les bras ouverts d’un généreux matin,

L’amandier abandonne aux neiges ses pétales

Tandis que l’orpheline en jupon de satin

Cueille pour sa maman des senteurs pastorales.

 

                                                                  Marilène Meckler

           Extrait de mon recueil « Comme un frisson d’organdi »