Textes : Marilène Meckler - Photos et réalisation : René-G. Meckler - Tous droits  réservés

    La condition humaine

              Vagabond

 

Traînant sous mes talons la misère du monde,

J’engloutis, en rêvant, les lieux et les saisons,

Sans que jamais le ciel, à mes pas, ne réponde,

Pour me faire espérer de cléments horizons.

 

Le soleil qui, pourtant, sait raviver mon âme,

Dans les étés brûlants, devient mon ennemi,

Et la pluie apaisant, sur mon front, cette flamme,

Vide mon balluchon, quand je suis endormi.

 

Lors des nuits sans sommeil, la lune, mon amante,

Couvre de baisers froids mes deux pieds écorchés,

Puis rafraîchit mon linge à son odeur de menthe ;

Sa prière d’encens pardonne mes pêchés.

 

Je suis le pauvre hère à la peau basanée.

Les murs et les passants ne me regardent pas !

C’est au devant des maux que la route damnée

Mène ma solitude, entre vie et trépas.

 

En sœur de charité dont la main parait douce,

L’ornière du chemin trouvant pitié de moi,

Du matin jusqu’au soir, s’enveloppe de mousse,

Faisant naître, en mon cœur, un merci plein d’émoi.

 

Sur les toits, la fumée, au lointain, me rappelle

La rieuse maison qu’enfantje dessinais.

Aujourd’hui, mendiant devant cette chapelle,

J’attendrai le logis, qu’alors, j’imaginais.

 

Même si je prends peur, à toute moindre alerte,

Le besoin de jouir d’un moment velouté,

Me pousse à regarder, par la fenêtre ouverte,

Ces foyers aux couleurs de la sérénité.

 

                                                         Marilène Meckler

  Tiré de mon recueil "Dans le secret de mes silences"

 

   

                               Printemps 2020

 

(Hommage aux soignants et à ceux qui travaillent pour que la vie continue)

 

Les jours de ce printemps se comptent pas à pas.
Il pose une aube sombre, au seuil de notre angoisse
Et ne sait plus saisir, quand sonne le trépas,
Le langage des fleurs qui, tristement, se froisse.

 

Le coucher du soleil provoque le frisson.
La nuit montre du doigt la lune qui s’affole.
Alors, tout le pays redouble, à l’unisson,
De mercis, de bravos qui font la farandole.

 

Comme un peuple apeuré tremblant sur un radeau,
Nous espérons en vous, héros en blouse blanche,
Sans cesse questionnés, derrière le rideau,
Par le regard d’un autre aux reflets de pervenche.

 

Si chacun se demande où vont les jours défunts,
Vous tenez, dans vos mains, l’autre source de vie,
Avec une fierté de rivière aux embruns
Si frais, si lumineux, que le ciel vous envie.

 

Sans relâche et sans frein, vous luttez pour sauver,
Avançant, dans le noir, en quête d’une étoile,
Accrochant vos regards aux espoirs, sans rêver,
Tels ces vœux de marins festonnant la grand-voile.

 

Les artistes, pour vous, chantent leurs doux refrains,
Un enfant vous dessine au chevet des malades,
Je vous offre ma plume et mes alexandrins,
Et la muse, elle-même, écrira vos ballades.

 

Il est aussi des gens courageux et nombreux,
Métiers du quotidien qui nourrissent le monde,
Paume ouverte portant un cœur si généreux,
Ceux dont on parle moins, quand l’effroi vagabonde…

 

Quand notre flamme tremble au bruit des vieilles peurs,
Le temps n’est que soupir, sous les draps de la ville.
Entrée, en coup de vent, la mort suit les torpeurs,
Jusque dans les terroirs empreints de chlorophylle.

 

Demain, nous trouverons une forêt d’oubli
Où nous perdre au-delà de la tristesse humaine,
Pour laisser, au futur, au lieu d’un hallali,
La force d’un regain, salvateur phénomène.

                                               

                                                      Marilène Meckler

          Si j’étais un héros

 

Je donnerais mon sang qu’avive un souvenir

De vieux pèlerinage aux veines des fontaines,

Si les guerres venaient menacer l’avenir

Des enfants à l’abri sous nos ailes châtaines.

 

Ma source baignerait de ses gestes sauveurs

L’autel du sacrifice où mouraient les étoiles,

Celles, qui, dans les yeux de l’ange et des rêveurs,

Avant la fin, cachaient leurs trésors, sous des toiles.

 

Martyr bienheureux sur les chemins du ciel,

Sans réveiller l’écho des terreurs ancestrales,

Je trouverais, un jour, don providentiel,

Le saphir qui contient les vérités astrales.

 

Mais, je ne suis qu’un homme au crayon bredouillant

Des mots de pacotille autour des cœurs en friche.

J’attends la main de Dieu, tout en m’agenouillant

Et j’apprivoise l’onde où glisse ma péniche.

  

                                                                 Marilène Meckler

     Tiré de mon recueil "Derrière l'éventail de plumes"


                  L’aveugle

 

À la chaleur perçue aux fentes des pupilles,

L’aveugle reconnait chacune des couleurs

Dont le naufrage égrène un millier de pampilles,

Dans son regard pillé par les esprits voleurs.

 

Manants quêteurs de jour, derrière les ténèbres,

Ses yeux, toujours cachés sous d’épais verres noirs,

Semblent prier le ciel voilé de chants funèbres,

Pour sauver chaque étoile où naitront ses espoirs.

 

Sur des coussins de neige, il entend le silence,

Puis découvre des mots, dans le chant des oiseaux.

Les lèvres de la pluie apaisent la souffrance

Que berce, tendrement, la déesse des eaux.

 

Quand d’autres facultés de ressentir le monde,

En lui, réveilleront au feu du souvenir,

Un visage, un sourire, une âme vagabonde,

La canne blanche ira, dans sa main, se blottir.

 

Au profond de sa nuit, le soleil est boussole ;

Le chien, son compagnon, lui dessine des pas,

Offrant, le plus souvent, l’aboiement qui console,

Fidèle et dévoué de la vie au trépas.

  

                                                        Marilène Meckler

  Tiré de mon recueil "Dans le secret de mes silences"

 

        Le chercheur d’absolu

 

Je l’avais rencontré sur les eaux d’un poème

Dont la limpidité venait d’un autre ciel.

Sortis de l’œuf, ses mots vivaient une bohème

Que chimères et vents régalaient de leur miel.

 

L’instant d’une romance au satiné de pomme,

Sa guitare buvait les notes et les fleurs

D’un jardin idéal où Dieu rassurait l’homme,

Quand la rosée offrait son trousseau de couleurs.

 

Nous étions devenus marins d’une coquille

Que le sel et le temps ramenaient du Passé,

Océan guérisseur couvrant de sa mantille

La souffrance au regard de tyran courroucé.

 

À chaque pas posé sur des îles étranges,

Il voyait l’Invisible au-delà de mes yeux,

Meunier de ce froment qui fait le pain des anges

Dont il voulait nourrir la gloire des aïeux.

 

En quête du Divin, sa prière anisée,

Pour les enfants du monde, allait remplir l’été.

Or il pleurait déjà sur une aile brisée

De son moulin trahi par l’infidélité.

  

                                                              Marilène Meckler

                      Tiré de mon recueil "Meunière de l'instant"


          Le poète assassiné

 

Derrière ta paupière où la mort s’est posée,

S’endorment à jamais les oiseaux migrateurs,

Car, sans toi, le voyage en des pleurs de rosée,

Perd sa raison de vivre et ses miroirs flatteurs.

 

En couronne, les mots se couchent sur la terre

Quand s’y fanent les fleurs, dans un tragique adieu.

Par le feu des tyrans, ton cœur fou de mystère

S’est arrêté de battre, au centre de ce lieu.

 

Puisque la vérité combattait leurs ténèbres,

Ils ont pillé ta voix qui touchait le sommet.

Pourtant, reste l’espoir, parmi les chants funèbres,

Car ton âme d’enfant faisait que l’on s’aimait.

 

Clochard de l’Infini caché dans les étoiles,

Tu retrouves les dieux, mais depuis ton départ,

Les légendes d’ailleurs se drapent dans les voiles

Dont la nuit chagrinée obscurcit mon rempart.

 

Laisse-moi respirer cette haleine paisible

De l’ange émerveillé par tes lettres d’encens

Et pour apprendre un jour à capter l’Invisible,

Ma plume trempera dans tes gouttes de sang.

 

                                                                      Marilène Meckler

 Tiré de mon recueil "Ces lumineux voiliers de l'âme"

 

                               L’orphelin

 

Minuscule orphelin

Aux yeux vidés du sel de tes marées !

Oublie l’arbre sans feuille,

La maison sans fumée :

Fantômes de tes dessins.

 

Le vent des îles sucrées

N’a plus le même goût

Sur tes lèvres

Où dort le mot Maman

Dans un cocon d’éternité.

 

Album à colorier

Pleurant les crayons disparus,

La mémoire

Ne comprend plus le murmure des vagues

Dans les coquillages.

 

Vagabond aux talons d’écume,

Fuis les terres englouties !

Passe les eaux mortes du temps !

 

 

A la place de ton regard,

Miroir brouillé d’épaves,

Les mains

Cherchent des étoiles de mer

Sur les visages qui s’effacent.

 

Matelot du silence,

Après le naufrage de tes bateaux en papier,

Funambule au-dessus de la nuit

Qui a volé tes rêves et tes jeux,

Conjugue au futur ton seul héritage :

Vivre !

 

Un jour tu seras Père :

                                  L’enfant suivra tes pas de sable.

 

                                                                  Marilène Meckler

                               Tiré de mon recueil "Passagère du vent"

 

 

                   Le Passé    

 

Berceau de notre enfance habillé d’une laine
Que les vents ont perdue, au ciel des vahinés,
Le passé qui s’endort, dans ces lagons fanés,
Est devenu fragile, ainsi la porcelaine.

 

Sous un voile de veuve, il hume notre haleine,
Pour écrire l’histoire, avec les temps glanés.
Grâce à lui, nos douleurs, sur les chemins damnés,
S’égarent, au hasard des airs de cantilène.

 

Par l’ennui de nos jours, son regard s’embellit
Mais, jaloux du futur, sensiblement, faiblit,
Triste, dès le matin, de n’être plus qu’une ombre.

 

Chanteur du vague à l’âme où le bon souvenir
Illumine nos fronts d’étoiles, en grand nombre,
Nous lui fermons les yeux, quand s’ouvre l’avenir.

 

                                                             Marilène Meckler

 

 

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