Marilène Meckler

(née Roudès)

    Poèmes vagabonds

Inspiration


Ma dormeuse du temps présent

Dans la moiteur d'un lit défait.

Oubliée la floraison des corps

Au solstice d'été !

Oubliés le secret des plantes,

Et le langage des oiseaux

Que je t’avais appris.

Sur la guitare abandonnée,

Tournent les feuilles de l’automne.

Avec le sommeil,

Tu vas entrer dans l’hiver,

Sans moi !

Fugitive sur mon passé regretté,

Je m’inspire du silence de tes chevilles.

Un ruisseau laissera dans tes yeux

L’eau de mes poèmes,

Lorsque se mourra, sous mes doigts,

L’ombre de ton dernier passage. 

   

 

Tiré de mon recueil  "D'une petite voix"

     


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Une séance de dédicaces...

           Notre jardin 

                                          (À mon mari)

 

C’est un bout de ton cœur planté, là, dans ma chair

Comme une terre nue où semer des nuages

Qu’une sève appelait de son vœu le plus cher :

Vêtir notre horizon d’exubérants feuillages.

 

Au fil de ton regard inventeur de jardins,

Vogue, mélancolique, un songe d’herbe folle,

Jeux d’enfance au grand air de ces petits gredins

Dont tu ralliais, jadis, l’heureuse farandole.

 

La verveine a volé ton sang pour mieux rougir.

Sous tes pas, se réveille un murmure de menthe

Apaisant l’hortensia rose, alors, de plaisir.

La plume des saisons trouve ta voix charmante.

 

Oui, grâce à ton labeur, tous les hivers mourront !    

Santonniers d’une paix que l’on pense éternelle,

Les rameaux d’olivier boivent l’eau de ton front

Quand tes doigts magiciens bercent la coccinelle.

 

Dans une confidence apprise des matins,

Tu comprends les secrets du langage des plantes

Et des mille clins d’œil jetés par les lutins,

Au cours du fandango des étoiles filantes.

 

Voici venir le temps de la sérénité

Dont le chant des oiseaux pourra combler tes rides ;

Au monde végétal, tu dois la faculté

D'oublier les envols de nos éphémérides… 

 

                                                                                                         

 Tiré de mon recueil "Ces lumineux voiliers de l'âme"

                      Les Chats

   

Ils gardent, dans les yeux, ces étoiles magiques

Qui faisaient voyager les reines d’Orient

Et leur belle fourrure a des frissons mystiques

Pour saisir la caresse, aux anges, souriant.

  

Empereurs sans domaine en quête de silence,

Quand le pas se souvient du velours disparu,

Leur museau maraudeur, dans le songe, s’élance,

Retrouvant, chaque fois, le chemin parcouru.

  

Ils prennent, en rêvant, les nobles attitudes

Des animaux sacrés qui charmeront les dieux,

Volupté de la pose, appel des solitudes,

Ils suspendent le temps sur les fleuves des cieux.

  

Vagabonds occupant le cœur de la légende,

Fidèles compagnons du poète inspiré,

Orpailleurs du soleil si le froid se lamente,

Ils composent, pour nous, l’opéra désiré.

  

Laissant, sur les coussins, leur empreinte soyeuse

Où s’endorment déjà les senteurs des jardins,

Ils incarnent l’esprit de la maison joyeuse,

Ces chats de la campagne et matous citadins.

  

Libres, mystérieux troubadours de la lune,

Ils s’en iront sécher les larmes de la nuit

Ayant le goût de sel de l’antique lagune,

Refuge merveilleux du regard qui s’enfuit.

 

Tiré de mon recueil "Dans le secret de mes silences"


     Ma liberté  

 

 

Viens partager mon ciel, grisante liberté !

Tes longs regards diseurs de la bonne aventure

Ravivent dans nos cœurs ce courage hérité

Des combats de l’Histoire où meurt la dictature.

 

Quand tes jupons d’eau vive emportent le désert,

À la source des mots, pour le rendre fertile,

Le silence maudit, par les dunes, se perd :

Chacun peut s’exprimer, dès l’aurore tranquille. 

 

Même au fond des prisons, jamais, tu ne mourras

Et les fers ne feront qu’étendre ton empire.

Vestale qu’aucun dieu ne pourra, de son bras,

Garder, longtemps, captive, apporte-moi ta lyre !

 

Ses accords berceront le chant des opprimés

Qui ne pensent qu’à toi, fille aux mains sans frontières.

Alors, je baiserai, dans les soirs parfumés,

Tes paupières sans fard, aux fraîcheurs forestières.

 

Justice, égalité, comme des âmes-sœurs,

Au bord du firmament, dessinent ton visage.

Je prendrai le chemin, sous les astres danseurs

Car chercher ta parole est le plus beau voyage.

 

Afin que ton regard d’océan nourricier

Ouvre, pour nos espoirs, l’ivresse des abysses,

Je donnerai mon sang de pauvre romancier

Et l’éclat virginal de mes premiers narcisses.

  

Tiré de mon recueil "Dans le secret de mes silences" 

 

         À mon fils       

  

En rêve, chaque nuit, je te retrouve enfant,    

Comme si le passé, fantôme aux mains de glace,

Avait figé ce temps que la mémoire enlace

Pareille à une mère à l’amour étouffant.

 

Avec l’envol sucré des notes de musique

Dont, jadis, ton piano régalait la maison,

Je revois tes cinq ans sourire à l’horizon,

Rendant le souvenir à ma plume amnésique.

 

Malgré ce rideau noir, à mes yeux, suspendu,

Jusque dans mon sommeil, s’étirent les savanes

Où tes premiers dessins protégeaient, sous des lianes,

Une gazelle en pleurs, l’éléphanteau perdu…

 

Un silence montreur d’aimables dinosaures,

Révèle le contour de ton jeune minois

Voguant sur ma paupière, en coquille de noix,

Entre le clair de lune et les tristes aurores.

 

Aujourd’hui, tes cheveux commencent à blanchir ;

Cela ne change rien, toujours autant je t’aime,

Toi seul, pourra comprendre aussitôt ce poème,

Au creux de ton oreille, il viendra se blottir.

 

Tiré de mon recueil "Ces lumineux voiliers de l'âme"

   

Vagabond   

             

Traînant sous mes talons la misère du monde,

J’engloutis, en rêvant, les lieux et les saisons,

Sans que jamais le ciel, à mes pas, ne réponde,

Pour me faire espérer de cléments horizons.

 

Le soleil qui, pourtant, sait raviver mon âme,

Dans les étés brûlants, devient mon ennemi,

Et la pluie apaisant, sur mon front, cette flamme,

Vide mon balluchon, quand je suis endormi.

 

Lors des nuits sans sommeil, la lune, mon amante,

Couvre de baisers froids mes deux pieds écorchés,

Puis rafraîchit mon linge à son odeur de menthe ;

Sa prière d’encens pardonne mes pêchés.

 

Voici le pauvre hère à la peau basanée.

Les murs et les passants ne me regardent pas !

C’est au devant des maux que la route damnée

Mène ma solitude, entre vie et trépas.

 

En sœur de charité dont la main parait douce,

L’ornière du chemin trouvant pitié de moi,

Du matin jusqu’au soir, s’enveloppe de mousse,

Faisant naître, en mon cœur, un merci plein d’émoi.

 

Sur les toits, la fumée, au lointain, me rappelle

La rieuse maison qu’enfant je dessinais.

Aujourd’hui, mendiant devant cette chapelle,

J’attendrai le logis, qu’alors, j’imaginais.

 

Sans que je prenne peur, à toute moindre alerte,

Le besoin de jouir d’un moment velouté,

Me pousse à regarder, par la fenêtre ouverte,

Ces foyers aux couleurs de la sérénité.

 

Tiré de mon recueil "Dans le secret de mes silences"  

   

      L’aveugle   

 

 

À la chaleur perçue aux fentes des pupilles,

L’aveugle reconnaît chacune des couleurs

Dont le naufrage égrène un millier de pampilles,

Dans son regard pillé par les esprits voleurs.

 

Manants quêteurs de jour, derrière les ténèbres,

Ses yeux, toujours cachés sous d’épais verres noirs,

Semblent prier le ciel voilé de chants funèbres,

Pour sauver chaque étoile où naitront ses espoirs.

 

Sur des coussins de neige, il entend le silence,

Puis découvre des mots, dans le chant des oiseaux.

Les lèvres de la pluie apaisent la souffrance

Que berce, tendrement, la déesse des eaux.

 

Quand d’autres facultés de ressentir le monde,

En lui, réveilleront au feu du souvenir,

Un visage, un sourire, une âme vagabonde,

La canne blanche ira, dans sa main, se blottir.

 

Au profond de sa nuit, le soleil est boussole ;

Le chien, son compagnon, lui dessine des pas,

Offrant, le plus souvent, l’aboiement qui console,

Fidèle et dévoué de la vie au trépas.

  

Tiré de mon recueil "Dans le secret de mes silences"


  D'un enfant devenu grand, à sa mère

 

Toi seule protégeais de sourires berceurs

Mes yeux écarquillés au passage des lunes

Dessinant sur le noir mes chagrins et mes peurs,

Avant que le sommeil m’emporte en ses lagunes.

 

Dans ton regard soyeux, je voyageais souvent

Sans délaisser le nid de tes bras en guirlandes :

Mon petit cœur volait sur les ors du levant

Comme une balancelle aux pays des légendes.

 

Ta voix d’une flanelle apaisant l’ouragan

Trouvait toujours la clé de mon pauvre silence,

Tendresse enveloppante aux vertus d’un onguent

Soulageant d’un baiser les bobos de l’enfance.

 

Maman ! ce mot si doux inventé par un dieu,

Ce mot déjà connu quand restait sur mes lèvres

Un goût de lait tiédi pour un babil joyeux,

Ce nom miraculeux qui dissipe les fièvres !

 

A présent que mes jours s’effacent au lointain,

Ta fontaine d’amour coule encor dans mes veines,

Toi qui sais pardonner si je m’en vais, hautain,

Vers d’autres océans, séduire les sirènes.

 

Tiré de mon recueil "D'une petite voix"  

 

          Amour

                           (Sonnet)


Entre ce monde et l’autre, une terre infinie  

Respire le parfum de leurs corps enlacés,

Chaud réveil de la paille où les fronts caressés

Rêvent d’une croisière aux îles d’harmonie.

 

Fille des longs soupirs, dans l’étreinte bénie,

La nuit de noir satin cherche des fiancés,

Au fond des miroirs bleus des rivages glacés ;

La berceuse, dès lors, s’achève en symphonie.

 

Irrésistible amour, le ciel te prend la main ;

Tu quitteras, sans bruit, le lit du parchemin

Où contes et romans dorment sur ta poitrine.

 

Dans cette vie en chair quand sonneront nos pas,

Tu garderas secret ton goût de mandarine :

Ici-bas, le bonheur ne se raconte pas.

 

Tiré de mon recueil "Dans le secret de mes silences"  

            Ô toi, l'amante                             

                             (Sonnet)   

 

Meunière sans sommeil, debout près de ses blés

Que tu protèges, là, même pendant l’orage,

Tu sauras réunir la force et le courage,

Pour sauver, sous tes pas, ses chemins ensablés.

 

Le pain doré déteint, lors de moments comblés,

Sur ta laiteuse peau qui recherche l’ombrage,

Besoin de quiétude en ce doux pâturage,

Après les cris de feu des soleils rassemblés.

 

Berceuse d’un ailleurs où se cachait ton aile,

La musique des corps n’est jamais éternelle,

Dans les baisers de chair aux parfums d’orient.

 

Et passent les saisons sur ta valse ravie…

Légère, les pieds nus, tourne, en lui souriant,

Fidèle à son regard, jusqu’au bout de la vie !

 

Tiré de mon recueil "Ces lumineux voiliers de l'âme"

  

Mots d'amour d'une ourse blanche  

  

Verras-tu, mon ourson, l’aurore boréale    

Barbouiller de couleurs le futur de tes ans,

Faire pâlir d’envie, après l’averse opale,

Le plus bel arc-en-ciel des climats séduisants ?

 

Déjà, le froid polaire enlève ses fourrures

Et mon peuple, aussitôt, souffre de la chaleur…

Viens, pour te rafraîchir, plonger dans les eaux pures,

Ton museau humera leur baiser cajoleur.

 

L’arctique mouillerait tes cils givrés d’étoiles

Si les mauvais esprits te rendaient orphelin.

Gémirait le silence, en berçant de ses toiles,

Sous l’aile du blizzard, ton sanglot cristallin.

 

Quand la banquise en pleurs perdra-t-elle ses glaces ?

Jamais, si ma prière arrive jusqu’aux dieux !

Ta survie en dépend ; écarter les menaces

Est le devoir sacré de l’homme ouvrant les yeux.

 

Même si l’avenir, dans mon regard, vacille,

Je t’apprendrai comment chasser pour se nourrir,

Où dormir dans l’hiver qui nous prête son île,

Crèche de blanc satin que nous voudrons chérir.

 

Un jour, entendras-tu le chant de la baleine,

Moment d’éternité jailli du fond des mers,

Si la débâcle emporte, au loin, ton cœur de laine

Comme écume d’argent sur les courants amers.

  

Tiré de mon recueil "Ces lumineux voiliers de l'âme" 


      Le poète assassiné   

 

Derrière ta paupière où la mort s’est posée,

S’endorment à jamais les oiseaux migrateurs,

Car, sans toi, le voyage en des pleurs de rosée,

Perd sa raison de vivre et ses miroirs flatteurs.

 

En couronne, les mots se couchent sur la terre

Quand s’y fanent les fleurs, dans un tragique adieu.

Par le feu des tyrans, ton cœur fou de mystère

S’est arrêté de battre, au centre de ce lieu.

 

Puisque la vérité combattait leurs ténèbres,

Ils ont pillé ta voix qui touchait le sommet.

Pourtant, reste l’espoir, parmi les chants funèbres,

Car ton âme d’enfant faisait que l’on s’aimait.

 

Clochard de l’Infini caché dans les étoiles,

Tu retrouves les dieux, mais depuis ton départ,

Les légendes d’ailleurs se drapent dans les voiles

Dont la nuit chagrinée obscurcit mon rempart.

 

Laisse-moi respirer cette haleine paisible

De l’ange émerveillé par tes lettres d’encens

Et pour apprendre un jour à capter l’Invisible,

Ma plume trempera dans tes gouttes de sang.

 

Tiré de mon recueil "Ces lumineux voiliers de l'âme"